Alimentation du cheval atteint de PPID et le rôle du EMS/dérèglement de l’insuline

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Le PPID, autrefois connu sous le nom de maladie ou syndrome de Cushing, est une affection d’origine cérébrale. Cependant, les conséquences les plus importantes pour le cheval résultent d’un dérèglement hormonal sévère. Environ deux chevaux sur trois atteints de PPID présentent également un SME/dérèglement de l’insuline. Ce trouble hormonal supplémentaire est la principale cause de fourbure. Ce n’est donc pas le PPID lui-même qui entraîne directement des problèmes d’insuline ou de fourbure, mais la combinaison avec le SME/dérèglement de l’insuline.

Le SME (Syndrome Métabolique Équin) se comprend comme un trouble complexe du métabolisme, analogue au syndrome métabolique chez l’humain, dont le diabète de type 2 est la composante principale. Les chevaux atteints de SME présentent souvent un surpoids et un métabolisme de l’insuline perturbé. Le dérèglement de l’insuline regroupe différents désordres dans ce processus, tels que la résistance à l’insuline, où les cellules répondent moins bien à l’insuline et l’hyperinsulinémie, caractérisée par un excès structurel d’insuline dans le sang. Dans la suite de cet article, nous utiliserons systématiquement le terme SME/dérèglement de l’insuline, abrégé SME/DI, en raison de son rôle central.

Note : Le SME inclut également des perturbations d’autres hormones comme la leptine et l’adiponectine, une tension artérielle élevée et des taux de lipides sanguins accrus. Pour simplifier la lecture, ces aspects ne seront pas abordés ici.

Principes généraux d’alimentation

Il serait naïf de penser qu’un cheval atteint de PPID peut continuer à s’alimenter comme lorsqu’il était hormonalement équilibré. Il est donc préférable de considérer chaque cheval PPID comme un « cheval à risque SME/DI », même s’il n’est pas en surpoids ou s’il n’a jamais présenté de fourbure.

L’objectif de l’alimentation reste le même : éviter les pics de glycémie, maintenir un poids corporel sain et prévenir tout apport alimentaire qui pourrait augmenter le risque de SME/DI. Pour les chevaux en sous-poids ou présentant une perte musculaire, les besoins peuvent être légèrement différents.

Le fourrage comme base

La base de la ration est toujours le fourrage, ce qui signifie, en pratique, le foin. Même en été, il est conseillé de continuer à donner du foin, car l’herbe peut présenter des variations imprévisibles de sucre. Pour les chevaux atteints de PPID et de SME/DI, il est important que la matière sèche du foin contienne moins de 10 % de sucres et d’amidon combinés. En cas de problèmes sévères d’insuline, le seuil de sécurité est encore plus bas, autour de 8 %, avec un amidon idéalement inférieur à 4 %. La matière sèche correspond à ce qui reste de la plante lorsqu’elle est entièrement séchée.

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photo : Markus Kammermann 

Comme nos graminées stockent peu d’amidon, c’est généralement le sucre qu’il faut surveiller. Pour environ 30 euros, il est possible de faire analyser le foin afin de connaître sa valeur énergétique, son taux de sucre, de protéines et de matière sèche.

Tremper le foin

Lorsqu’une analyse n’est pas possible, ou lorsque le foin se révèle malgré tout trop riche en sucres, le trempage et le rinçage peuvent constituer une solution pratique. En une heure, environ la moitié des sucres rapides et du fructane (les glucides solubles dans l’eau, GSE) sont éliminés du foin. Utiliser une plus grande quantité d’eau, ou renouveler l’eau, renforce cet effet, et l’eau chaude accélère le processus : elle élimine les sucres deux fois plus vite que l’eau froide.

L’inconvénient est que des des vitamines, des minéraux et des oligo-éléments importants sont également perdus. Dans la pratique, un temps de trempage de 15 à 30 minutes offre le meilleur équilibre entre la réduction des GSE et la préservation des nutriments.

Lorsque le foin a été trempé plus longtemps et qu’une partie des éléments nutritifs est perdue, il est conseillé de compléter la ration avec un CMV (balancer). Ce type de complément à large spectre fournit les principales vitamines, minéraux et oligo-éléments. Enfin, le foin trempé doit toujours être distribué immédiatement après préparation, surtout en été.

Graines d’herbe

Un point particulier à surveiller est le foin contenant encore des graines d’herbe, qui renferment effectivement beaucoup d’amidon. Ne laissez donc pas votre cheval manger les « miettes » tombées au fond de la brouette, qui sont en grande partie constituées de semences.

Quantité de foin et gestion du poids

La quantité de foin dépend du poids et de l’état corporel du cheval. Un cheval à poids stable, recevant uniquement du foin (sans pâturage), peut recevoir entre 1,5 et 2 % de son poids corporel en matière sèche par jour. Pour un cheval de 600 kg, cela correspond à 9 à 12 kg de matière sèche, soit 10 à 14 kg de foin.

Pour un cheval devant perdre du poids, un bilan énergétique négatif est nécessaire : il doit recevoir 20 à 30 % de calories en moins que ce qu’il consomme. La quantité exacte dépend de la valeur énergétique du foin, qui peut être déterminée grâce à l’analyse mentionnée précédemment.

Un foin riche rend presque impossible une perte de poids sans carence en fibres. Il est donc préférable de choisir un foin pauvre, dur et grossier. La perte de poids doit être progressive : environ 1 % du poids cible par semaine, ou 0,5 % du poids actuel par semaine. Il faut retenir la valeur la plus basse des deux options. Une perte de poids trop rapide peut provoquer une hyperlipémie, surtout chez les races rustiques comme les Shetlands, Welsh, Haflingers, Fjords et ânes et aggraver les problèmes d’insuline.

Type et qualité du foin

Le type de foin importe également. Un foin à tiges grossières est moins calorique et convient aux chevaux en surpoids ou susceptibles de grossir rapidement. Un foin plus tendre et fin est plus énergétique et aide les chevaux maigres à reprendre du poids. Dans tous les cas, un faible taux de sucre reste l’exigence principale.

Pâturage et risques

Le pâturage comporte des risques. Comme mentionné, le taux de sucre dans l’herbe peut varier fortement et de manière imprévisible. Pour les chevaux SME/DI ou sujets à une fourbure récurrente, des mesures de restriction de pâturage sont souvent nécessaires, telles qu’un panier de régime (muselière de pâturage), le pâturage en bandes, un accès limité ou l’interdiction totale d’herbe. Dans ce dernier cas, un paddock sec ou un « paddock-paradise », associé à un plan alimentaire personnalisé établi avec un spécialiste en nutrition équine, constitue souvent l’option la plus sûre.

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photo : Haberdoedas

Pour les chevaux devant reprendre du poids, un pâturage contrôlé peut être utile, à condition qu’il soit introduit progressivement et sous surveillance. Ici aussi, il est important de consulter un nutritionniste équin.

L’automne requiert une vigilance particulière. L’herbe automnale contient beaucoup de sucres rapides, les chevaux en mangent davantage, la production d’insuline augmente plus fortement et les taux d’ACTH, déjà élevés chez les chevaux PPID, augmentent encore plus en cette saison.

Éviter les concentrés

Les concentrés ne conviennent pas aux chevaux PPID et SME/DI. Les granulés, céréales et mueslis classiques contiennent trop de sucre et d’amidon, provoquant des pics glycémiques. Il existe des mueslis sans céréales avec moins de 10 % de sucre et d’amidon, pouvant être donnés occasionnellement en petites quantités. Beaucoup d’autres mueslis dépassent 20 % et sont totalement inadaptés.

Il est important de lire attentivement les étiquettes et d’éviter les concentrés riches en fer, car un excès de fer perturbe l’absorption d’autres minéraux et est associé à la résistance à l’insuline.

Alimentation complémentaire en cas de perte de poids

Tous les chevaux PPID ne sont pas en surpoids. Certains perdent du poids, par exemple à cause de l’âge, de l’atrophie musculaire ou de problèmes dentaires. Pour ces chevaux, il est important d’ajouter à la ration des sources d’énergie et de protéines bien digestibles.

La pulpe de betterave trempée, les coques de soja et la luzerne hachée sont de bonnes options. Le foin de luzerne est riche en protéines digestibles (environ 20 %), contient des acides aminés essentiels comme la méthionine, la lysine et la thréonine. Pour les chevaux présentant une atrophie musculaire, ces protéines et acides aminés essentiels sont importants pour maintenir et développer la masse musculaire. De plus, la luzerne contient une grande quantité de magnésium, ce qui peut être bénéfique pour la sensibilité à l’insuline.

La luzerne contient relativement beaucoup de calcium, ce qui peut déséquilibrer le rapport calcium : phosphore et exercer une charge sur les reins. Il est donc conseillé de la mélanger à un autre foin moins riche en calcium. Une alternative est l’esparcette, une légumineuse riche en protéines apparentée à la luzerne.

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Alimentation des chevaux âgés

Chez les chevaux âgés, d’autres facteurs entrent en jeu. L’absorption des nutriments par l’intestin grêle diminue avec l’âge, ce qui les oblige à manger davantage pour obtenir les mêmes apports. Le gros intestin perd également une partie de sa capacité à digérer les fibres, probablement à cause de modifications du microbiome intestinal (bactéries, champignons, virus et autres micro-organismes présents dans l’intestin).

Les problèmes dentaires, y compris l’affection liée au PPID appelée EOTRH, compliquent la mastication, ce qui entraîne l’arrivée de particules fibreuses plus grosses dans l’intestin. Le foin à tiges épaisses et ligneuses est souvent trop difficile à digérer pour ces chevaux. Les granulés de foin trempé, la pulpe de betterave et les coques de soja sont mieux adaptés. Il est important de faire contrôler régulièrement les dents par un dentiste équin.

Énergie et lipides supplémentaires

Lorsque des calories supplémentaires sont nécessaires, on peut donner des huiles. Cependant, de grandes quantités sont à éviter, car elles peuvent provoquer ou aggraver la résistance à l’insuline. Les sources appropriées sont les graines de lin ou les huiles de lin ou de colza pressées à froid, qui présentent un rapport favorable d’acides gras. Les huiles de tournesol et de maïs ont une composition défavorable et peuvent favoriser les inflammations chroniques, facteur contribuant au développement et à l’aggravation du PPID.

Vitamines, minéraux et compléments

En plus de l’alimentation de base, les chevaux PPID ont souvent besoin de vitamines et minéraux supplémentaires. Le foin contient généralement peu de zinc, cuivre et sélénium, tandis que le fer y est souvent trop abondant.

Les chevaux âgés produisent également moins certaines vitamines, comme les vitamines B et la vitamine C. Pour savoir précisément ce qui manque, une analyse complète du fourrage est nécessaire, plus coûteuse que l’analyse de base mentionnée précédemment (environ 60 euros). Une analyse sanguine peut être complémentaire, mais n’est pas toujours fiable pour toutes les valeurs.

Avec les résultats d’une analyse de fourrage, un spécialiste en nutrition peut recommander des compléments ciblés. En attendant, un CMV peut être utilisé.

Pierre à sel

Le sodium est un minéral que le cheval a parfois du mal à ingérer en quantité suffisante. Il joue un rôle important dans la transmission des signaux nerveux. Bien que son effet spécifique sur le PPID ne soit pas scientifiquement prouvé, un bon équilibre en sodium et en électrolytes contribue à une fonction nerveuse et musculaire saine.

Une solution simple mais essentielle est donc un bloc de sel blanc classique. Il faut éviter les blocs aromatisés ou contenant de la mélasse, car les chevaux les lèchent pour le goût et non pour le sel. Les pierres à sel rouges contiennent souvent trop de fer.

L’importance de l’eau

Enfin, l’eau est le nutriment le plus important. Assurez-vous que votre cheval ait toujours accès à de l’eau propre et fraîche, de préférence du robinet. Les chevaux PPID présentent fréquemment une polyurie (augmentation anormale de la quantité d’urine produite) et une polydipsie (augmentation anormale de la soif et de la consommation d’eau), ainsi que des problèmes de transpiration. Dans ces situations, une bonne hydratation est particulièrement cruciale.

En résumé

L’alimentation d’un cheval PPID nécessite attention et parfois individualisation. Il n’existe pas de régime universel, car l’âge, le poids, les affections associées et la qualité du fourrage disponible varient considérablement. L’essentiel est de baser l’alimentation sur un foin pauvre en sucre, de surveiller le poids du cheval et d’éviter les concentrés riches en sucre et amidon. Une analyse du fourrage et la consultation d’un nutritionniste équin peuvent réduire beaucoup d’incertitudes et offrir à votre cheval la meilleure chance de vivre de manière saine et confortable malgré le PPID et le SME/DI.

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