Souvent, on fait appel au ferrage (thérapeutique) pour traiter une fourbure. Le choix des fers correctifs pour les chevaux fourbus est large. On peut trouver des fers ouverts en pince ou inversés, des fers permettant au pied d’être comme nu, des fers ovales (egg-bar shoes), des fers fer à support de fourchette, équipé d’un mécanisme à vis permettant d’ajuster la pression exercée sur la fourchette, ou des fers synthétiques à coller. On peut encore trouver toutes sortes de semelles et de matériaux absorbant les chocs à insérer entre le fer et le sabot.
Les désavantages majeurs de la ferrure
Toutefois, les fers ont de si nombreux désavantages que leur utilisation est fortement déconseillée. Leur effet ne se limite pas à masquer temporairement la douleur : ils perturbent en profondeur le fonctionnement naturel du pied, ralentissent la guérison et créent de nouveaux problèmes à long terme.
Au lieu d’aider le cheval fourbu à retrouver une base saine, la ferrure risque d’aggraver la situation et de prolonger la souffrance. Les points suivants montrent en détail les conséquences négatives que peut entraîner le ferrage.

(photo : Mary Bayard Fitzpatrick)
Impact sur la circulation et le tissu interne
Le ferrage ne se limite pas à modifier la surface externe du sabot. Il perturbe également les fonctions internes essentielles. En limitant la mobilité naturelle du pied et en modifiant la répartition des pressions, il affecte la circulation sanguine et le transport des nutriments, tout en compromettant l’élimination des déchets métaboliques. Ces perturbations internes constituent souvent la première étape d’une série de déséquilibres qui peuvent ralentir la guérison, fragiliser les tissus et rendre le sabot plus vulnérable aux infections et aux complications à long terme.
Réduction du mécanisme du pied
Les fers réduisent le mécanisme du pied, perturbant sa capacité à se déformer et à se stabiliser correctement à chaque pas. Cette restriction entraîne un apport limité de sang oxygéné vers les tissus internes et ralentit l’évacuation du sang désoxygéné. En conséquence, les tissus du pied reçoivent moins d’oxygène et sont moins efficaces pour éliminer les déchets métaboliques, ce qui compromet la santé globale du sabot et retarde le processus de récupération après une fourbure.
Conséquences pour les nutriments et déchets
Le même problème se manifeste pour le transport des nutriments et le drainage des déchets. Le tissu lamellaire mort et les résidus d’inflammation s’accumulent, perturbant le métabolisme interne du pied. À long terme, cette accumulation de déchets et la mauvaise circulation peuvent accentuer la fragilité du sabot et augmenter le risque de complications supplémentaires.
Faible sollicitation de la fourchette
La fourchette n’est que peu voire pas du tout sollicitée en touchant le sol, ce qui ne lui permet pas de se développer correctement. En conséquence, elle est moins à même d’absorber les chocs et le cheval posera son pied en pince, ce qui augmente le risque de surcharge et de fourbure traumatique.
Conséquences sur le long terme pour l’appareil locomoteur
Au-delà des effets immédiats sur la circulation et le tissu interne, le ferrage provoque progressivement des changements plus profonds dans l’appareil locomoteur. Les os, les articulations et les tissus environnants subissent des contraintes qu’ils ne devraient pas supporter, ce qui entraîne des déséquilibres, des surcharges et une usure prématurée. Ces conséquences à long terme sont souvent insidieuses et ne deviennent visibles que lorsque des dommages permanents se sont installés.
Vibrations et force centrifuge
Non seulement la bonne santé des pieds est affectée, mais les os, les articulations et le système vasculaire de la partie inférieure de la jambe souffrent aussi à la fois des vibrations et de la force centrifuge provoquées par le port de fers métalliques à l’extrémité de la jambe.
Circulation sanguine
À court terme, comme tu viens de le lire, cela a des conséquences négatives sur la circulation sanguine, car le ferrage limite le flux naturel de sang oxygéné vers les tissus du pied et ralentit l’élimination du sang désoxygéné et des déchets métaboliques. Cette altération immédiate de la circulation entraîne une sensation d’engourdissement, une vulnérabilité accrue des tissus et prépare le terrain à des problèmes plus sérieux à long terme, affectant la santé générale du pied et ta capacité à te déplacer normalement.
Ostéoarthrite et ossification
Sur le long terme, on aura des risques d’ostéoarthrite et d’ossification des cartilages ungulaires. Jetons-y un coup d’œil, car cette dernière peut être un problème supplémentaire pour les chevaux fourbus en particulier, étant donné que des cartilages sains sont nécessaires pour absorber les chocs.
Les pieds ferrés ne peuvent pas se dérouler correctement lors de la marche, ce qui perturbe le mouvement naturel du sabot et modifie la manière dont le poids est réparti. Cette restriction peut engendrer une surcharge localisée sur certaines zones, augmenter la pression sur les cartilages et favoriser l’ossification des cartilages ungulaires. Au fil du temps, ces contraintes répétées compromettent la capacité du pied à absorber les chocs, accentuent le risque de douleur et contribuent au développement de désordres locomoteurs à long terme.
Entrave à la guérison et risque d’infection
Ferrage et connexion lammellaire
Les fers sont cloués, vissés ou collés à une paroi partiellement détachée (lamelles déconnectées), alors qu’après une fourbure les sabots essaient de retrouver une nouvelle paroi à la connexion lamellaire saine. Les fers contrecarrent la croissance d’un tissu lamellaire sain et la nouvelle connexion reste lâche.
Affaiblissement de la paroi
Percer la paroi et la ligne blanche avec des clous affaiblit directement la structure même de la paroi. En plus de créer des points de fragilité, cette opération provoque un assèchement du tissu corné autour des trous formés par les clous, réduisant sa résilience et sa capacité à supporter les pressions et les chocs. Avec le temps, cet affaiblissement favorise l’apparition de fissures et de déformations, compromet la stabilité du sabot et peut compliquer la récupération naturelle après une fourbure.
Risque de maladie de la ligne blanche
Des bactéries, des champignons et des composés ammoniaqués présents dans la saleté et les excréments peuvent pénétrer dans le sabot par les trous laissés par les clous. Malgré son nom, la maladie de la ligne blanche n’affecte pas la ligne blanche elle-même, mais la paroi, qui peut se fragiliser et se détériorer progressivement. Cette altération compromet la solidité et la stabilité de la paroi, rendant le sabot plus vulnérable aux contraintes mécaniques et retardant le processus de récupération après une fourbure.
Manque de maintenance
Entre deux ferrages, on ne peut pas effectuer les ajustements réguliers nécessaires sur la paroi du sabot avec une râpe ou une lime. La paroi extérieure peut rapidement devenir trop longue et exerce alors un effet de levier défavorable sur la connexion lamellaire.
Conséquences pour la sole
La sole, qui joue un rôle essentiel dans l’absorption des chocs et la protection de l’os du pied, est également affectée. Lorsqu’elle ne touche pas le sol de manière naturelle, elle ne se durcit pas correctement et perd sa flexibilité. Ce déficit rend le pied plus sensible et plus fragile, augmentant le risque de bleimes et de douleurs supplémentaires et limitant la capacité du cheval à se déplacer confortablement.
Observation impossible
Il est important de pouvoir observer une amélioration ou une aggravation de la sensibilité de la sole pour suivre le processus de guérison du sabot. Cependant, lorsque le pied est ferré, la sole ne touche pas le sol et ne reçoit donc pas les stimulations nécessaires. Cette absence de contact empêche toute analyse précise de l’état du pied, masque les signes de douleur ou de fragilité et complique l’évaluation des progrès. En conséquence, le propriétaire ou le pareur ne peut pas détecter à temps les problèmes émergents, ce qui peut ralentir la guérison et accentuer le risque de complications.
Durcissement insuffisant
La sole ne se durcit pas suffisamment lorsque le pied est ferré, car elle ne reçoit pas les sollicitations naturelles nécessaires à son renforcement. Une sole solide joue normalement un rôle protecteur essentiel, en répartissant les pressions et en protégeant l’os du pied qui pousse depuis l’intérieur. Sans ce durcissement naturel, le pied reste fragile, plus sensible aux chocs et aux blessures et la capacité du cheval à se déplacer confortablement et en toute sécurité est compromise.
Risque de bleimes
La flexibilité de la sole est également réduite lorsque le pied est ferré, ce qui augmente le risque de provoquer des bleimes douloureuses. Ces « bleus » rendent le cheval encore plus réticent à se déplacer, alors que marcher est capital pour la guérison.
Le problème des talons surélevés
Des fers avec des talons surélevés sont souvent utilisés pour réduire la tension sur le tendon fléchisseur profond, mais cela augmente la pression sur la pointe de l’os du pied et sur la connexion lamellaire à l’avant du sabot. Le muscle fléchisseur profond s’adapte ensuite à cette nouvelle tension et les forces exercées par le tendon reviennent rapidement à leur niveau initial.
Surélever les talons est une solution temporaire, mais elle est malheureusement souvent appliquée trop longtemps. En outre, ce n’est pas la traction du tendon qui provoque la bascule de l’os du pied, mais l’incapacité des lamelles et du tendon extenseur de la contrer.
Manque de sensibilité et risque de chutes
Les chevaux ferrés ne peuvent pas sentir correctement la surface sur laquelle ils marchent, car le fer empêche le contact naturel du sabot avec le sol. Cette perte de sensibilité augmente le risque de trébuchements et de glissades, même sur des terrains habituellement sûrs. Pour un cheval atteint de fourbure, ces incidents sont particulièrement douloureux et stressants, ce qui peut le conduire à limiter ses déplacements par peur de la douleur. À long terme, cette réduction de l’activité aggrave la faiblesse musculaire, ralentit la guérison et peut créer un cercle vicieux de souffrance et de déconditionnement.
L’alternative à la ferrure traditionnelle
Si vous voulez ferrer votre cheval malgré tous les désavantages mentionnés ci-dessus, il est préférable d’opter pour des solutions moins invasives. Les fers en plastique collés sur le sabot, plutôt que les fers métalliques cloués, réduisent l’impact sur la circulation, la sole et le tissu lamellaire. Bien que cette approche ne supprime pas tous les risques liés au ferrage, elle limite les contraintes mécaniques et favorise une meilleure protection du sabot tout en offrant un confort relatif au cheval.
L’illusion du confort et les conséquences à long terme
Il est facile de comprendre pourquoi les propriétaires sont tentés de ferrer leur cheval : celui-ci semblera pouvoir marcher relativement sans douleur. Toutefois, cette impression est trompeuse, car c’est la mauvaise circulation sanguine qui engourdit partiellement le membre. En conséquence, le cheval aura tendance à bouger plus, plus longtemps et plus vite que ce que ne lui permettent réellement les tissus en voie de guérison, ce qui augmente le risque de complications. Ainsi, le bénéfice apparent d’éliminer la douleur sur le court terme est rapidement compensé par une prolongation de la durée du problème sur le long terme.
La transition vers le pied nu est un passage nécessaire
Lorsque vous déferrez, il est important de comprendre que l’inconfort ressenti par le cheval pieds-nus ne provient pas simplement de l’enlèvement des fers, mais des effets cumulés du ferrage prolongé sur plusieurs années. Pendant tout ce temps, les tissus à l’intérieur du sabot ont souffert d’une mauvaise circulation sanguine et la sole reste encore sensible. Dans les cas où le cheval a été ferré depuis son plus jeune âge, le coussinet digital et les cartilages unguéaux peuvent être sous-développés, ce qui accentue la difficulté initiale.
Cela peut sembler rude, mais il est essentiel que le cheval traverse cette étape pour permettre au sabot de se reconstruire correctement et de retrouver sa fonctionnalité naturelle. Évidemment, tu fais tout ton possible, par exemple avec des hipposandales et une surface douce, pour que cette période soit la moins douloureuse possible pour ton cheval.
Maintenant, tu veux en savoir plus
Ce type d’informations complètes et objectives sur la fourbure est ce que tu recherches ? Le livre « La Fourbure : comprendre, guérir, prévenir » en est truffé ! En 260 pages, il te donne accès à des connaissances, points de vue et conseils basés sur des études scientifiques qui t’aideront, toi et ton cheval.






article excellent !!!!
bonjour, oui très intéressant et j’aimerais ne plus ferrer mais l’expérience me pose question.comment expliquez vous qu’un cheval avec fers qui perd deux fers a alors les pieds non ferré plus chaud et ceux durant plusieurs semaines( mon maréchal n’étant pas disponible et impossible d’avoir qq’un? Comment expliquez vous qu’un cheval avec fers à l’avant développe une fourbure aux postérieurs?
merci pour avoir partagé sur le sujet. Je commande le livre.