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Trois phénomènes indésirables pour les fourbus

Un parage incorrect ou l’application de fers peuvent entraîner, entre autres, une charge périphérique, un effet de levier sur la paroi du sabot et un contact de fourchette avec le sol insuffisant. Trois phénomènes indésirables pour tous les chevaux en général et pour les chevaux fourbus en particulier.

Charge périphérique

Si la majeure partie de la force descendante du corps sur le sabot est portée par la paroi – et par conséquent par la connexion lamellaire et le derme coronaire – on parle de charge périphérique (ou appui périphérique). Un bon exemple de ceci est un sabot où la paroi est laissée trop longue lors du parage. Malheureusement, c’est une pratique profondément ancrée dans l’habitude de nombreux maréchaux-ferrants. Mais certains pareurs le font aussi malheureusement. Le parage rigoureux de la fourchette, la découpe des talons trop court ainsi que creuser la sole à la rainette contribuent également à la charge périphérique. 

Gratter le sabot

Cela n’a rien à voir avec le parage, mais la boue tassée sous le sabot améliore dans une certaine mesure la répartition des forces. Donc même gratter soigneusement le sabot augmente un peu la charge périphérique. Ceci concerne surtout des chevaux qui sont hébergés sur un sol dur ou qui doivent passer leurs journées en box.

L’hébergement en box favorise la charge périphérique (photo : Skyro)

Flux sanguin 

Le cheval fourbu doit développer une semelle saine et épaisse le plus rapidement possible. Cela fournit une protection à l’os du pied basculé. Des recherches menées par le professeur Robert Bowker ont montré que plus la charge périphérique est élevée, plus l’irrigation sanguine de tous les tissus du sabot est faible. La sole en souffre en particulier. Le flux sanguin vers le derme solaire se produit par les artères qui s’enroulent autour du bord de l’os du pied. Ces artères sont pincées à chaque pose du pied en charge périphérique. Le flux sanguin s’arrête complètement pour un petit moment. Cela a un effet négatif sur la croissance des tissus de la sole. Un maréchal-ferrant ou un vétérinaire qui recommande de ferrer en attendant que la sole soit devenue un peu plus épaisse n’en tient clairement pas compte.

Ferrage

La charge périphérique est encore plus élevée sur un sabot ferré. Cela n’est pas surprenant si l’on considère que le fer est cloué sous la paroi du sabot. Le fer rigide, à son tour, amplifie les chocs et les vibrations. En raison de la perturbation de l’irrigation sanguine décrite ci-dessus, l’amortissement par l’inertie du sang comme on le trouve dans un sabot sain, est beaucoup plus faible. Tous les tissus du sabot reçoivent ainsi des chocs et des vibrations importants. Pour un cheval fourbu, ce sont le derme lamellaire et coronaire qui en souffrent le plus.

Charge périphérique due au ferrage (photo : John Donovan)

Système vasculaire

Le système vasculaire de la partie inférieure de la jambe subit aussi à la fois des vibrations et de la force centrifuge provoquées par le port et le poids de fers à l’extrémité́ de la jambe. Cet effet négatif sur le flux sanguin se produit sur une période plus longue, mais n’en est donc pas moins nocif.

Coussinet digital

Dans un sabot à charge périphérique, le coussinet digital ne subit pas l’alternance de pression et de détente dont il a besoin pour se développer correctement ou maintenir une bonne santé. Un coussinet digital moyennement développé donne une sensibilité à l’arrière du pied. Pour contourner cela, le cheval va atterrir en pince ; exactement la partie du pied la plus touchée par la fourbure. La situation empire.

Hipposandales et semelles

La surface sur laquelle le cheval se déplace joue un rôle aussi. Plus la surface est dure, plus la charge périphérique est importante. Étant donné qu’une surface dure contribue quand-même positivement à un mécanisme du pied optimal et donc à une circulation sanguine optimale, il est important de s’assurer que la paroi du sabot est courte et que le cheval fourbu est monté avec des hipposandales et des semelles supplémentaires. Sans semelles, une charge périphérique peut encore se produire, en particulier chez les hipposandales à semelles dures comme le « Renegade » et le « Swiss Galloper ».

Semelle supplémentaire avec support de fourchette (photo : Soft-ride)

Monter ?

Précision importante : monter le cheval pendant la phase aiguë d’une fourbure n’est pas une bonne idée. Le poids supplémentaire du cavalier chargera beaucoup trop les sabots. Le cheval a plus de mal à garder son équilibre à cause de ses pieds douloureux. On peut recommencer à monter le cheval quand il a atteint le grade 0 sur l’échelle de Obel, mais seulement si les soles sont d’au moins 1cm d’épaisseur (demandez au professionnel des soins aux sabots ou déterminez cela au moyen de radios). 

Sol

Concernant l’hébergement du cheval fourbu : le gravier de rivière et le sable se sont avérés être le meilleur sol pour minimiser les charges périphériques. La force est répartie uniformément sur toute la face inférieure du sabot. La vitesse à laquelle le sang circule dans le sabot diminue, de sorte que tous les vaisseaux sanguins deviennent bien remplis. La paille ne fournit pratiquement aucun support. Une surface dure en béton ou comparable est trop dure et inadaptéehors de question à un cheval de fourbure.

Le sable soutient tout le sabot (photo : Claudia Beutel)

Effet de levier

Une paroi trop longue signifie que le cheval va reposer de tout son poids sur la connexion lamellaire. Ceci n’est pas conçu pour cela. Selon Bowker, la limite supérieure du support de paroi est de 20% du poids corporel et certainement pas de 100%. Lors du déroulement du pied, beaucoup de force est exercée sur la pince et la connexion lamellaire à cet endroit. Si la pince est laissée trop longue, elle exercera un effet de levier important sur cette connexion. Cela peut l’endommager. Pour un cheval souffrant de fourbure subclinique, cela pourrait être la poussée finale. Chez un cheval qui a déjà une fourbure chronique, les dommages existants s’aggraveront.

Trop peu de contact de la fourchette

Si la paroi du sabot, en particulier au niveau des talons, est laissée trop longue lors du parage ou si la fourchette est parée trop courte ; si le sabot est ferré ou dans le cas d’une pourriture de la fourchette, cette dernière n’aura pas assez de contact avec le sol. Normalement la fourchette contrecarre partiellement la force descendante du corps. S’il y a trop peu de contact de fourchette, la connexion lamellaire sera sous trop de pression. Cela augmente la probabilité de développer ou d’aggraver une fourbure traumatique et même des fissures et fractures d’os du pied. En outre, l’articulation du sabot entière « s’enfonce » dans la boite cornée en raison du manque de support par la fourchette. Les cartilages ungulaires sont poussés latéralement.

Un bourrelet en forme de V au niveau des glomes indique un contact de fourchette insuffisant. Dans de nombreux livres d’anatomie, les sabots sont représentés avec un bourrelet pareil, comme si c’était normal.

Bourrelet en forme de V dans un ancien livre d’anatomie (illustration : W. Ellenberger)

Dans le livre « La Fourbure : comprendre, guérir, prévenir », vous pouvez en savoir beaucoup plus sur les effets des soins des sabots sur les chevaux à fourbure.

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Sur ce site, nous utiliserons, sauf mention explicite, le terme professionnel des soins aux sabots en référence à la fois aux pareurs/podologues équins/podiatres hippiques et maréchaux-ferrants. Lorsque l’on utilise dans ce livre « il » ou « lui », il peut tout aussi bien s’agir de « elle ».

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